Comment l’équilibre stratégique de Macron vacille

À l’approche de la course à la présidence de la France en 2022, le prétendu « Jupiter » peut-il tenir ses électeurs à gauche ?

Lorsque le ministre de l’économie de l’époque, Emmanuel Macron, a lancé son parti, En Marche, en 2016, il a pensé, dans une interview sur la chaîne franco-allemande Arte, que le véritable fossé dans la politique française n’était pas entre la gauche et la droite. Il opposait plutôt les « conservateurs », qui bénéficiaient de la bureaucratie et de la convivialité de la France, à son camp, les « progressistes » qui voulaient démolir le système, balayer la vieille garde et insuffler un esprit d’entreprise audacieux au gouvernement.

L’opportunité avait été saisie

L’environnement politique n’a jamais été aussi favorable à un insurgé centriste à l’approche de l’élection présidentielle de 2017. Le président sortant, François Hollande, avait des taux d’approbation à un chiffre et avait décidé de ne pas se représenter. François Fillon, le candidat de la grande droite, s’est embourbé dans un scandale de corruption pendant la campagne. Les fortunes montantes de Jean-Luc Mélenchon à l’extrême gauche et de Marine Le Pen à l’extrême droite ont horrifié de nombreux électeurs, qui ont eu envie de voter pour un centriste sensé.

Macron, 39 ans, sentant un espace au centre politique, entre dans la course en promettant que son administration puisera à gauche et à droite, alliant une conscience sociale à un zèle pour desserrer l’emprise de l’État sur l’économie. Cet argument a convaincu les électeurs de toutes les tendances politiques, ce qui l’a propulsé au second tour des élections, où il a confortablement battu Le Pen. Un sondage a montré que près de la moitié des électeurs de Macron au premier tour avaient voté pour la Hollande socialiste cinq ans auparavant.

Une situation qui revient sur ses bases

Trois ans plus tard, la triangulation qui a permis à Macron de remporter la victoire et de faire tomber les deux principaux partis, le transformant ainsi en héros pour les centristes mécontents de l’autre côté de la Manche, s’est éteinte. Il a tenu ses promesses de libéralisation de l’économie, en réduisant un impôt sur la fortune symbolique et en supprimant « l’impôt de sortie » sur les plus-values détestées par les chefs d’entreprise, mais il offre désormais de moins en moins à ses électeurs de gauche. Son taux d’approbation a fortement baissé, passant de près de 60 % lorsqu’il a été élu à 38 % aujourd’hui, selon les sondages de BVA, mais le champ politique reste aussi fragmenté que lorsqu’il s’est présenté pour la première fois à la présidence.